Benny

Co-Founder at Unrated

Nike Running fait appel à FAKE pour ressusciter le Van NRC

Son nom ne vous est peut être pas familier, mais si vous avez vécu à Paris vous avez forcément croisé l’un de ses graff. Laurent Poignot aka FAKE a débuté sa carrière en 2002 en tant que designer, mais sa passion pour le graffiti a toujours eu une place importante dans sa vie. Il suffit de faire un tour sur son compte Instagram pour réaliser à quel point son engagement pour ce qu’il considère comme un “hobby” ne s’est pas essoufflée avec le temps, bien au contraire. Après avoir passé 5 ans à la Direction Artistique du magazine Clark, il décide de continuer sa carrière en tant que designer freelance et enchaine les collaborations avec des labels prestigieux tels que Kenzo, OTH et Stussy. Quand Nike Running décide de ressusciter son van mythique c’est naturellement qu’ils se tournent vers lui. Si le van d’origine de Phil Knight était un combi Volswagen, Laurent a décidé d’apposer un pattern brut et moderne pour la version 2017 du van NRC. On s’est rendu dans l’atelier dans laquelle il travaillait pour discuter avec lui, revenir sur les débuts de sa carrière, et comment il en est arrivé à pouvoir faire cohabiter ses deux passions, le design et le graffiti. Rencontre avec un OG parisien.

A quoi ressemblait la scène graffiti parisienne dans les années 90 ?
Je suis souvent venu à Paris mais je m’y suis définitivement installé en 1997 donc j’ai surtout vécu les 90s à travers les magazines. J’ai été très actif dans les rues et sur les trains entre 1998 et 2001, il fallait parfois chercher longtemps avant de trouver une place pour peindre… À l’époque Paris était un immense hall of fame, les murs de la ville et les trains de banlieue n’étaient pas nettoyés, ça ressemblait à NYC dans les années 80.

Tu as grandi à Besançon puis tu as déménagé sur Paris pour tes études… à quel moment as tu commencé à t’intéresser à l’Art et quel a été ton parcours ?
C’est clair que Besançon n’est pas une référence en Art, c’est la capitale de l’horlogerie. Mes parents imaginaient pour moi un avenir d’ingénieur. Plutôt mourir.
À l’époque je traînais avec des étudiants en Art. Ça m’inspirait beaucoup et j’ai très vite su que c’était dans ce domaine que je voulais évoluer. Il était nécessaire de quitter Besançon pour m’épanouir et me donner les moyens d’y arriver.

À l’époque Paris était un immense hall of fame, ça ressemblait à NYC dans les années 80.

J’ai donc étudié le design graphique et j’ai obtenu mon diplôme en 2002 avec mention. Ouais. Ensuite j’ai travaillé directement en free-lance pour MTV Networks France et j’ai cherché un job dans une agence. J’ai travaillé quelques années dans des agences où je faisais de l’édition, du logotype design ou de l’animation vidéo. J’ai intégré ensuite la rédaction de Clark magazine en 2007 jusqu’à la dernière parution en 2012. J’ai ensuite rejoins l’équipe de OTH boutique à Montréal. C’est ma famille. Je travaille toujours avec eux. Parallèlement j’ai multiplié les projets, j’ai toujours voulu travailler beaucoup et j’ai eu tellement de clients que j’en oublie.

Est-ce que tu considères que le graffiti a influencé ta carrière en tant que designer ? Tu te considère graffeur avant designer ?
Même s’il a influencé mes premiers pas dans les arts plastiques, le graffiti ne m’a pas toujours aidé dans mes études. En cours de modèle vivant, mes dessins ressemblaient plus à des b-boys qu’à des femmes nues. En revanche j’ai tout de suite aimé travailler les couleurs, la typographie, dessiner des lettres et, par extension, créer des logotypes. Le graffiti m’a aussi aidé dans les compositions, un mur ou un wagon sont comme une toile, un cadre dans lequel tu dois composer. Aujourd’hui je me considère à 100% designer, le graffiti est un hobby très présent dans ma vie mais c’est le graphisme qui me fait vivre, pas le graffiti.

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En 2007 tu as rejoins l’équipe de Clark Magazine. Peux tu revenir sur cette période ?
J’ai rencontré l’équipe de Clark en 2006. C’est drôle mais mon premier travail en freelance pour Clark était une illustration pour Nike « Joga Bonito ». J’ai officiellement rejoint la rédaction en 2007 où j’ai remplacé Veenom qui était DA avant moi. C’était le job idéal. J’avais déjà travaillé dans l’édition et être en charge de la direction artistique d’un magazine comme Clark était un super challenge ! C’était une période avec une énergie incroyable. On travaillait en collaboration avec les labels montants comme Institubes ou les marques « cools » comme Sixpack France. On organisait des soirées, on rencontrait des artistes du monde entier, on voyageait… C’était une période très riche, très créative avec une émulation permanente.

En 10 ans Clark magazine a exploré et déniché de nombreux talents.

Tu as été avec Clark jusqu’au dernier numéro. Qu’est ce que tu as ressenti quand l’aventure s’est terminée ?
J’ai été triste un peu, soulagé beaucoup. Faire un magazine aussi bon avec si peu de moyens relevait du défi. Aujourd’hui je n’ai aucun regret. Il était temps pour moi de passer à autre chose. Tu sais j’ai été directeur artistique sur 27 issues, le dernier numéro de Clark (#52) est pour moi le meilleur. En 10 ans Clark magazine a exploré et déniché de nombreux talents. La mort du magazine est un aboutissement, pas un échec.

Pour revenir au graffiti, comment on passe de taguer des trains à taguer les podiums de Kenzo ?
En murissant peut-être. C’était pas la même adrénaline mais voir le défilé était comme voir mon graff sur un train qui arrive en gare. Les DA de Kenzo sont des amis que je connais depuis quelques années. Ils voulaient un traitement sale, spontané et 100% vandal inspiré par les toilettes des clubs. Ça je sais le faire. J’ai tout peint à la main gauche.

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Qu’est ce que tu penses de la démocratisation du street art et des marques de luxes qui s’en approprient les codes ?
Le graffiti est né dans la rue et à moins que ça fasse partie du concept, il n’a rien à faire en galerie ou dans la mode où il n’y a aucune provocation. Le graffiti est selon moi le mouvement artistique le plus puissant de l’histoire de l’art récent et il doit rester authentique. La récupération du graffiti par les marques est trop souvent opportuniste et sans âme. Pour les projets que j’ai réalisés pour Kenzo ou plus récemment Nike, c’est différent. Je n’ai pas fait du graffiti mais du design en utilisant mon background et mon savoir-faire de graffeur.

Beaucoup de graffeurs qui aujourd’hui ont une carrière ont pour la plupart arrêté le graffiti. Qu’est ce qui fait qu’après toutes ces années tu a toujours la même passion ?
Je ne suis pas d’accord. Je vois beaucoup de mecs de ma génération revenir dans le game. C’est la crise de la quarantaine. Moi j’ai fait une pause de plusieurs années entre 2005 et 2011 pour me concentrer sur d’autres choses mais le graffiti me manquait. Je suis revenu à 100% en 2013, plus fort et avec plus d’inspiration. Quand je m’implique dans quelque chose, je le fais toujours à fond. J’imagine pas arrêter de peindre un jour.

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Ton feed Instagram est impressionnant… Toutes les réalisations que tu posts sont récentes ou ça t’as permis de publier tes archives ?
La plupart de mes productions sont récentes. Tu sais, la majeure partie de mes archives sont des tirages argentiques donc je ne les poste pas. J’ai toutefois déjà publié quelques vieilles prods mais en général je préfère les garder pour moi, le passé c’est le passé.

En étant si prolifique tu n’as jamais eu de problème avec la justice ?
Le passé c’est le passé.

L’anecdote la plus improbable qui te soit arrivé ?
Dans les années 1990, moi et mon pote Akroe peignions des voies ferrées à Besançon. La police est arrivée en voiture à fond et nous a poursuivis. On s’est cachés dans un tas de sapins de Noël morts. On avait hyper peur. Quand on a entendu la police se rapprocher de nous, on a compté jusqu’à 3 et on a couru plus vite que jamais. Pas d’issue possible. On est monté sur le toit du premier train et on s’est couchés. On est restés sans bouger, on n’osait même plus respirer. On est resté là une partie de la nuit, hyper éclairés par les spots de la gare. La police nous cherchait partout mais a jamais pensé à lever les yeux et nous a jamais trouvés #acab

Pour le van NRC, Nike Running cherchait un artiste qui était aussi un runner.

Aujourd’hui tu réalises une oeuvre pour Nike Running. Quelle est ta relation avec la marque et comment la rencontre s’est faite ?
Je crois que depuis toujours Nike est ma marque favorite. J’avais déjà travaillé pour Nike en 2009 sur le Tour de France et plus récemment sur ACG pour un de mes meilleurs amis, Hami, qui travaille à Nike NRG Paris. Pour le van NRC, Nike Running cherchait un artiste qui était aussi un runner. Je cours depuis 3 ans et demi et aujourd’hui je suis complètement addict au running. Un meeting a été organisé et tu connais la suite.

Encore une fois on a l’impression que la limite entre le graffiti et ta carrière de designer ne tient qu’à un fil… Etre contacté par une marque comme Nike pour graffer un camion tu y aurais pensé il y a 20 ans ?
Il y a 20 ans je volais mes bombes pour peindre. C’est vrai que j’aurais jamais imaginé un jour être payé pour peindre. Le graffiti est un excellent moyen de rencontrer des gens et, sur ce projet NRC, j’ai rencontré des gens très biens et professionnellement c’est très important.

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Quel conseil tu donnerais à un jeune designer ? 
Comme disait Fabe « Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction »

Merci Laurent ! On a oublié quelque chose ?
Oui. Les gens qui ont rendu ce projet possible : Antoine, Sandy, Nike Running Paris et Hami. Merci à eux.

Benny

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